Vendredi 3 février 2012
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Jeannine Zangier, 11 ans en 1944, l’une des plus jeunes victimes de la déportation en Deux-Sèvres. Elle a été arrêtée
à Terves le 31 janvier 1944, en l’absence de ses parents.
Une stèle est inaugurée à Niort à la mémoire des 143 déportés juifs des Deux-Sèvres. Parmi eux,
33 enfants. L’historien Michel Chaumet évoque leur sort.
Le 31 juillet 1944, quelques semaines avant la libération de Niort, un train chargé de
déportés juifs faisait étape à la gare, pour embarquer de nouveaux « passagers » avant de reprendre son chemin vers les
camps d’extermination. Trois orphelins ont été poussés dans un des wagons : Bernard Bernstein (5 ans), sa sœur Régina (7 ans) et son frère Simon (8 ans).
Ils ont disparu tous les trois, probablement à Auschwitz. Deux ans plus tôt, leurs parents, Isidore et Frida, et leurs
trois aînés, Salomon (9 ans), Serena (10 ans) et Yolande (11 ans) avaient connu le même sort.
Les noms des huit membres de cette famille sont gravés avec 135 autres sur une stèle à la mémoire des déportés juifs
des Deux-Sèvres. Le monument est dévoilé ce matin près de la gare de Niort. Cette liste a été établie, au prix d’un long travail de recoupements, par deux historiens, Jean-Marie Pouplain (décédé
en 2006) et Michel Chaumet.
La disparition de la famille Bernstein illustre l’un des aspects les plus épouvantables de l’Holocauste.
« 33 enfants de moins de 18 ans arrêtés en Deux-Sèvres et déportés entre 1942 et 1944 », explique
Michel Chaumet. D’origine tchèque, les époux Bernstein et leurs enfants s’étaient installés à Niort au début de la guerre, au 123, rue de Strasbourg. « Il ne reste rien de cette famille, à l’exception des procès-verbaux d’arrestations ».
On ignore pourquoi les trois jeunes enfants ont échappé au premier convoi, après la rafle de la famille en
octobre 1942. Ils ont vécu deux ans dans un orphelinat, avant d’être déportés à leur tour. « En 1942, la rafle concernait les juifs
étrangers. Leurs enfants nés en France, en vertu du droit du sol, pouvaient échapper à la déportation, explique Michel Chaumet. Mais des parents ont évidemment refusé de partir sans leurs enfants. Ils obtenaient alors la “ faveur ” de les prendre avec
eux. A ce moment-là, ils ignoraient leur destination ».
Jeannine Zangier, 11 ans en 1944, a été déportée sans ses parents. Son histoire est connue grâce au travail de
Jean-Marie Pouplain. La petite fille a été arrêtée le 31 janvier 1944, lors de la seconde rafle du département, chez une habitante de Terves qui en avait la garde. Sa mère, Esther Zangier,
était alors partie à la frontière espagnole chercher la trace de son mari, arrêté plusieurs mois plus tôt (et mort en déportation). Jeannine a été emmenée par les gendarmes en pleine nuit. Dix
jours plus tard, elle s’est retrouvée, seule, dans un train vers Auschwitz.
La fillette n’avait aucune chance de survie. « A leur arrivée, les
enfants les plus jeunes étaient dirigés vers les chambres à gaz avec les vieillards et les personnes incapables de travailler,
reprend Michel Chaumet. Les autres étaient promis à une mort lente, à de rares exceptions près. Sur les 143 déportés des Deux-Sèvres, quatre sont revenus. Ils avaient entre 14 et 20 ans ». Assez âgés pour travailler, assez jeunes
pour résister. L’une de ces rescapés, Ida Grinspan, a consacré sa vie à témoigner de l’horreur d’Auschwitz. Elle participe à la cérémonie ce matin.
Article paru dans la NR le 3 février 2012.